Vainqueure de la coupe du monde 2013, en tête du classement de la Grande Course, championne du monde en individuelle, Verticale et par équipe, tout semble te sourire cette saison, quels sont les ingrédients de ta réussite ?
Le socle est constitué d’une passion pour le sport et la montagne, un entraînement assidu, une bonne hygiène de vie, une motivation et une détermination implacable, un staff compétent et motivé pour me soutenir et m’accompagner dans ma carrière, une pincée de confiance en soi et en son matériel, un minimum de minutie dans l’entretien de ce dernier et une très bonne connaissance de soi-même.
On imagine que tu sens en confiance, avec la saison que tu viens de réaliser, pour la Mezzalama, la dernière épreuve de la saison. Néanmoins est-ce qu’il t’arrive d’être fatiguée au cours de l’hiver ou d’avoir parfois une baisse de motivation ?
Je vais arriver à la fin de cette saison à 30 jours de compétitions au total, donc oui il y a forcément une fatigue qui se fait ressentir à un moment ou à un autre. Après la Pierra Menta, normalement, c’est là qu’on commence à la sentir. Cette hiver j’ai enchainé Pierra Menta et Jeux Mondiaux Militaires et après cela j’étais vraiment fatiguée. J’ai pris le temps que j’avais, avant l’Adamello, pour récupérer un maximum. J’essaie de faire des massages et sinon je ne n’hésite pas à diminuer voir supprimer mes entraînements si je sens que je n’ai pas assez récupéré.
En effet, après cette dernière étape de la coupe du monde en Norvège je suis très satisfaite et assez sereine. J’ai remporté l’ensemble des courses individuelles de la coupe du monde et ce week-end (en Norvège) alors que nous étions très très avancés dans la saison j’ai encore eu des sensations incroyable de facilité et d’aisance. J’ai pris énormément de plaisir pendant la course car je sens que je peux changer de rythme comme je veux, je peux gérer ma progression à mon aise, c’est vraiment grisant à ce moment de la saison de ressentir encore ces sensations. Je suis dans une spirale ascendante, je vais faire mon possible pour l’entretenir jusqu’à la Mezzalama.
Des baisses de motivation il y en a forcement dans une saison de 4 mois de compétitions. Par exemple sur le sprint de la coupe du monde en Norvège, j’ai senti que je n’avais plus la tête pour. Il faut être dans un état d’explosivité qui n’est pas commun au ski alpinisme. Un peu comme en haltérophilie, l’état nerveux (=être près mentalement à cet effort) est très important. Ce samedi, j’étais bien dans ma tête, très motivée pour l’individuelle mais j’ai senti tout de suite que je ne pourrai pas combattre sur ce sprint. Finalement ça n’est peut être pas une baisse de motivation générale car j’étais très motivée pour le lendemain mais il y a eu une baisse de motivation pour le sprint c’est sûr et je pense que c’est normal. En fin de saison le corps fatigue mais la tête aussi.
Si tu réalises le grand chelem en 2013 (c’est tout le mal qu’on te souhaite), que te restera t-il comme objectifs la saison prochaine ?
Il y a la PDG
Nous l’avons gagné l’année passée mais nous n’avons fait que Zermatt-Arolla. J’aimerais bien gagner sur le vrai parcours Zermatt-Verbier.
Ma motivation est intacte, j’ai envie de refaire une saison sur le circuit de la coupe du monde. Chaque saison est différente, c’est déjà un gros challenge de rester number one. Je pense que c’est même plus difficile que de progresser vers la 1ère place. Et cette année j’ai pris énormément de plaisir sur les JMM (Jeux mondiaux militaires). ça m’a vraiment donné envie de participer aux prochains qui seront dans 4 ans.
Avec ton matériel de ski-alpinisme, tu es plutôt du genre à vérifier et revérifier que tout est parfait ?
Oui, je suis très perfectionniste. Pour être à 200% de ses capacités il ne faut avoir aucun souci concernant le matériel. Je m’occupe personnellement de tout mon matos (fartage, affutage, peaux, chaussures, sac, etc.) ainsi, je sais exactement comment il fonctionne et la façon dont il est entretenu.
La relève féminine a pointé le bout de son nez avec, entre autre, Axelle Mollaret avec qui tu es devenue championne du Monde cette saison. Es-tu plutôt confiante pour l’avenir du ski-alpinisme ?
En effet, Axelle est une athlète qui a beaucoup de talent et qui va arriver rapidement au plus haut niveau. C’est important pour la discipline d’avoir des athlètes qui montrent le chemin et motivent les plus jeunes. En France il y a actuellement une bonne dynamique et en général dans le ski-alpinisme la discipline est en plein essor. Il y a de plus en plus d’athlètes qui pratiquent ce sport, le niveau continue donc de monter, les médias s’investissent de plus en plus, les gens aiment voir les images et en redemandent. Ils se déplacent même de plus en plus sur les courses. Oui, je suis confiante pour l’avenir du ski alpinisme. C’est un sport qui mérite d’être connu. Nous devons juste être un peu patients.
La dernière épreuve de cette saison c’est donc la Mezzalama le 27 avril que tu vas courir avec Mireia Miro et Gloriana Pellissier. Quel est le programme des quelques jours qui restent ?
Sur le plan physique, seulement récupérer un maximum. La préparation va plutôt concerner la logistique de course avec les ravitaillements, l’organisation du matériel: corde, piolet, l’ordre des co-équipières sur la cordée, etc. Et nous avons prévu de skier ensemble encordées. C’est important de bien tout caler avant la course. Pas d’acclimatation cette année, et nous connaissons déjà le parcours donc nous n’avons pas prévu d’aller dessus. Nous arriverons simplement l’avant-veille sur Cervinia, c’est plus confortable.
Pour finir aurais-tu un ou deux conseils ou astuces que tu suis, la veille d’une épreuve par exemple, à nous donner ?
La veille d’une épreuve je fais souvent un petit tour de ski pour « dynamiser » un peu et me rassurer en retrouvant les bonnes sensations, mais je ne fais jamais un entraînement trop long où trop difficile, ça ne sers à rien, je privilégie le repos, et je prépare bien tout mon matériel à l’avance pour ne pas avoir de soucis pendant la nuit.
Merci pour tes réponses et bonne fin de saison Laetitia!
Laetitia Roux lors de la Verticale des Championnats du Monde à Pelvoux















